Sommaire
- Assurance et cautionnement, deux mécanismes qu’on confond souvent
- Les cautionnements exigés sur les chantiers québécois
- Le cautionnement de licence, une obligation distincte
- Les protections d’assurance à valider avant la saison
- La liste à préparer avant de soumissionner
- Préparer votre assurance construction avant la haute saison
- FAQ
En assurance construction, un contrat peut se perdre sans que le prix ni la compétence n’y soient pour quelque chose. Un entrepreneur général décroche le plus gros mandat de son histoire, puis découvre que le donneur d’ouvrage exige un cautionnement d’exécution qu’il n’a jamais eu à fournir.
Le contrat lui échappe. Pas pour une question de prix ni de compétence, mais pour une question de préparation financière.
La saison des chantiers laisse peu de place à l’improvisation. Voici ce qu’une assurance construction couvre réellement, en quoi le cautionnement est un mécanisme complètement distinct, et ce qu’il faut avoir en main avant de soumissionner.
Assurance et cautionnement, deux mécanismes qu’on confond souvent
C’est la confusion la plus répandue dans l’industrie, et elle a des conséquences concrètes.
Une assurance vous protège, vous, contre un événement soudain et accidentel. Vous payez une prime, l’assureur assume le risque.
Un cautionnement protège votre client. La caution s’engage envers le donneur d’ouvrage à exécuter vos obligations si vous n’y satisfaites pas. Si elle doit intervenir, elle peut ensuite se retourner contre vous pour récupérer les sommes versées.
Sur le plan juridique, la distinction est nette. Le Code civil du Québec traite le cautionnement dans un chapitre distinct de celui des assurances, et il ne doit pas être interprété comme une police d’assurance. Au Québec, seules les compagnies d’assurance autorisées peuvent émettre des cautionnements de construction.
Autrement dit, votre courtier peut vous accompagner sur les deux volets, mais il ne s’agit pas du même produit ni de la même logique d’évaluation.
Les cautionnements exigés sur les chantiers québécois
Quatre cautionnements reviennent régulièrement, et ils ne servent pas au même moment du projet.
| Cautionnement | Ce qu’il garantit | Quand il est exigé |
| Soumission | Que vous signerez le contrat au prix soumis | À l’appel d’offres |
| Exécution | L’achèvement des travaux en cas de défaut | À l’octroi du contrat |
| Paiement de la main-d’œuvre et des matériaux | Le paiement des sous-traitants et fournisseurs | À l’octroi du contrat |
| Entretien | La correction des malfaçons après acceptation | À la fin des travaux |
Le cautionnement de paiement mérite une explication, parce que son utilité n’est pas évidente pour l’entrepreneur qui le fournit. Il protège le donneur d’ouvrage contre les hypothèques légales de la construction que vos sous-traitants et fournisseurs pourraient inscrire sur l’immeuble si vous ne les payez pas.
Ces cautionnements se négocient séparément de votre assurance construction, auprès d’une compagnie de caution.
Le cautionnement de licence, une obligation distincte
Attention à ne pas confondre les cautionnements de contrat avec le cautionnement de licence, qui relève de la Régie du bâtiment du Québec.
Tout entrepreneur titulaire d’une licence doit maintenir cette garantie financière en vigueur. Selon la Régie du bâtiment, le montant requis est de 20 000 $ pour une ou plusieurs sous-catégories spécialisées et de 40 000 $ pour une ou plusieurs sous-catégories générales. Un entrepreneur détenant à la fois des sous-catégories générales et spécialisées doit fournir 40 000 $.
Ce cautionnement peut s’obtenir auprès d’associations d’entrepreneurs, de certains assureurs ou de la plupart des sociétés de cautionnement. Point important pour la suite de votre saison : un cautionnement doit être maintenu en vigueur en tout temps pour conserver votre licence et conserver votre autorisation à participer aux appels d’offres.
Pour savoir quelle capacité de cautionnement votre dossier permet actuellement, vous pouvez demander une soumission ou en discuter avec un courtier en assurance de dommages.

Les protections d’assurance à valider avant la saison
Du côté de l’assurance construction, quatre volets structurent la protection d’un entrepreneur général.
- La responsabilité civile des entreprises, qui répond des dommages corporels et matériels causés à autrui pendant les travaux, incluant les frais de défense.
- L’assurance chantier, qui protège l’ouvrage en cours de construction. Elle couvre les biens sur le chantier qui font partie de la construction, comme la plomberie, le chauffage et l’électricité. Attention toutefois : les dommages causés par le vol ou le vandalisme sur le chantier ne sont généralement pas couverts sans protection additionnelle.
- L’équipement et l’outillage, qui exige une protection distincte puisqu’une police de bâtiment couvre les biens situés aux emplacements déclarés, pas les outils qui circulent d’un chantier à l’autre.
- Les véhicules et la machinerie mobile, dont le traitement varie selon qu’ils circulent sur la voie publique ou uniquement sur le site.
Un point technique vaut la peine d’être souligné. Les avenants qui étendent une assurance chantier à un péril particulier ne couvrent pas nécessairement toutes les conséquences de ce péril. La Cour d’appel du Québec a d’ailleurs jugé en 2026 qu’un avenant couvrant l’inondation sur un chantier se limitait aux dommages matériels causés directement aux biens assurés et n’englobait pas les frais additionnels liés aux retards de travaux.
La leçon est directe : un avenant ne s’évalue pas à son titre, mais à son libellé. Faites préciser ce qui est couvert au-delà des dommages matériels immédiats.
La liste à préparer avant de soumissionner
Voici ce qu’il faut avoir en main avant de déposer une soumission sur un contrat d’envergure.
- Votre capacité de cautionnement confirmée. Une caution évalue vos états financiers, votre fonds de roulement, votre historique de projets et votre gestion. Cette démarche prend du temps et ne s’improvise pas en une semaine.
- Vos états financiers à jour. Les cautions demandent généralement des états préparés par un comptable professionnel, pas des chiffres internes.
- Vos attestations en règle. Licence de la Régie du bâtiment avec les bonnes sous-catégories, cautionnement de licence valide, attestations de la CNESST et de Revenu Québec.
- Vos certificats d’assurance construction. Avec les limites exigées par le donneur d’ouvrage, qui dépassent souvent celles que vous détenez par défaut.
- La liste des exigences du devis. Les documents d’appel d’offres précisent les cautionnements requis, les limites d’assurance et les mentions obligatoires comme l’ajout du donneur d’ouvrage à titre d’assuré additionnel.
Cette cinquième étape est celle qui fait perdre le plus de contrats. Une exigence lue trois jours avant le dépôt laisse rarement le temps de l’obtenir.

Préparer votre assurance construction avant la haute saison
En construction, la fenêtre utile pour organiser ses protections se situe avant que les chantiers démarrent. Une fois la saison lancée, la priorité passe à la production, et les dossiers financiers attendent.
Deux réflexes font la différence. D’abord traiter la capacité de cautionnement comme un actif à entretenir, au même titre qu’une marge de crédit : elle se construit sur plusieurs années de projets bien livrés et d’états financiers propres. Ensuite relire les exigences d’assurance de chaque devis dès la réception, plutôt qu’à l’étape du dépôt.
Un troisième réflexe complète le tableau. Informez votre courtier dès qu’un contrat change d’échelle, parce qu’un projet deux fois plus gros que vos chantiers habituels modifie à la fois vos besoins d’assurance et votre exigence de cautionnement.
Pour faire le point sur votre assurance construction et votre cautionnement, parlez-en à un courtier en assurance de dommages.
FAQ
Quelle est la différence entre un cautionnement et une assurance construction?
Une assurance construction vous protège contre un événement soudain et accidentel, comme un incendie sur le chantier. Le cautionnement, lui, protège votre client en garantissant l’exécution de vos obligations contractuelles. Si la caution doit intervenir, elle peut ensuite récupérer les sommes auprès de vous. Le Code civil traite d’ailleurs de ces deux contrats dans des chapitres distincts, et un cautionnement ne s’interprète pas comme une police d’assurance.
Un cautionnement de licence remplace-t-il un cautionnement d’exécution?
Non, les deux répondent à des besoins différents. Le cautionnement de licence est exigé par la Régie du bâtiment comme condition pour détenir une licence, et il protège les clients contre certains manquements de l’entrepreneur. Le cautionnement d’exécution est exigé par un donneur d’ouvrage sur un contrat précis et garantit l’achèvement de ce chantier. Un entrepreneur peut devoir fournir les deux.
Le vol d’outils sur un chantier est-il couvert par l’assurance chantier?
Généralement non. L’assurance chantier protège l’ouvrage en construction et les matériaux qui en font partie, mais les dommages causés par le vol ou le vandalisme sur le chantier sont habituellement exclus sans protection additionnelle. L’outillage et l’équipement mobile exigent par ailleurs une couverture entièrement distincte, puisque ces biens ne sont pas rattachés à un emplacement fixe déclaré au contrat d’assurance.